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Avec ses millions de terres arables et une pluviométrie favorable, la République Démocratique du Congo présente paradoxalement l’image d’un pays où l’insécurité alimentaire bat son plein. Par son inaction, l’Etat congolais a abandonné la filière alimentaire, laissant un champ libre aux expatriés pour dicter leur loi. Il est temps de soutenir les nationaux dans cette filière. Dans ces conditions, subventionner et exonérer des PME congolaises pour garantir la sécurité alimentaire et non la laisser entre les mains des expatriés devient une urgence nationale. Dans un article publié dans les colonnes du quotidien Forum des As, on découvre le désastre alimentaire qui sévit en RDC. La raison est bien simple : l’absence de soutien aux PME qui opèrent dans l’agro-alimentaire. En les asphyxiant, l’Etat congolais fait la part belle aux expatriés, très actifs dans le secteur.

Au nom de la campagne de lutte contre les exonérations et compensations, dites illicites et illégales, les activités de la société EGAL sont presqu’à l’arrêt. Sur les ports maritimes de la RDC, les marchandises d’ÉGAL ont été bloquées pour, dit-on, éviter la fraude et l’évasion fiscales. Mais, quelle alternative a-t-on pris pour approvisionner Kinshasa et, par conséquent, réduire sensiblement les prix des denrées alimentaires de première nécessité ?

A-t-on pris en compte les retombées négatives d’une telle mesure sur le maigre panier de la ménagère, car sur les marchés, les prix des vivres frais (chin-chards, poulets, ...) ont pris de l’ascenseur. On n’est plus loin d’une catastrophe.

«On ne peut pas prétendre soigner une maladie en créant une autre», s’indigne un analyste, qui rappelle le chef de l’Etat Félix Tshisekedi, à se souvenir de son slogan «Le peuple d’abord !»

Penser à ce «Peuple d’abord », c’est l’aider aussi à sortir de l’insécurité alimentaire. «Le Peuple d’abord», c’est aussi sauver et soutenir les nationaux qui investissent dans la filière alimentaire pour aider la RDC à combler son déficit en la matière. Bref, «le peuple d’abord» suppose aussi subventionner et exonérer – comme le font les grandes économies – les PME (Petites et moyennes entreprises) locales pour leur permettre de jouer à armés égales avec la rude concurrence étrangère.

Le paradoxe congolais

Avec 21,8 millions de personnes affectées par l’insécurité alimentaire aiguë, la République Démocratique du Congo est classée premier pays au monde. Ces personnes en situation de crise et d’urgence (phases IPC) se trouvent principalement dans les régions affectées par des conflits et mouvements de population et des épidémies. Ce record pour le moins honteux a été produit par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (Ocha).

Le nombre de personnes qui meurent de faim est passé de 15, 6 millions en 2019 à 21, 8 millions en 2020, a raporté la République Démocratique du Congo à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation célébrée le 16 octobre de chaque année.

Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Kasaï Central comptent le plus grand nombre de populations confrontées à une insécurité alimentaire élevée.

A la base de cette situation, quatre facteurs déterminants : le conflit, la Covid-19, le déclin économique et les catastrophes naturelles.

L’insécurité et les conflits armés continuent de perturber considérablement les moyens d’existence des populations. Ce qui occasionne ainsi le déplacement des populations, soit environ 6,6 millions vivent en situation de déplacement.

Les restrictions dues à la fermeture des frontières suite au coronavirus ont négativement impacté les prix de denrées alimentaires et les ménages en RDC et précisément dans la capitale.

L’économie n’a pas été épargnée. Plusieurs causes ont occasionné le déclin économique, notamment la réduction de la demande d’exportation de minerais, la poursuite de la baisse de revenus issus de taxes, la dépréciation du franc congolais et la baisse de croissance de PIB.

Les catastrophes naturelles ont également aidé à aggraver cette situation. C’est le cas des pluies diluviennes qui ont détruit des récoltes dans certaines provinces telles que le Sud-Kivu, le Tanganyika, le Haut-Lomami et le Haut-Katanga.

Les laissés-pour-compte

Près de 4,4 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë, dont 3,4 millions d’enfants de moins de cinq ans. Le taux de prévalence de la malnutrition aiguë globale s’élève à 6,5% et celui de la malnutrition chronique à 42%. Cinq maladies à potentiel épidémique et sous surveillance en RDC ont été épidémiques en 2020 : la Covid-19, la maladie à virus Ebola (MVE), la rougeole, le choléra et le paludisme.

La Covid-19, dont le premier cas a été déclaré en RDC en mars 2020, a profondément affecté les moyens d’existence des ménages les plus vulnérables et a exacerbé les risques de protection, en particulier pour les femmes et les filles, précise le document dont une copie est parvenue à la rédaction de Forum des As.

De juillet à décembre 2020, sur les 66,6 millions de personnes analysées en RDC, 21,8 millions (33%) sont en insécurité alimentaire élevée. Ce chiffre comprend 5,7 millions de personnes classées dans la phase 4 de l’IPC (urgence).

Pour la période projetée (janvier à juin 2021), 19,6 millions de personnes (29% de la population analysée) sont susceptibles d’être en crise (IPC Phase 3) ou pire, dont plus de 4,8 millions de personnes en situation d’urgence (IPC Phase 4).

La RDC demeure confrontée à une crise humanitaire aiguë et complexe. En 2020, la situation humanitaire s’est détériorée dans un contexte marqué par des conflits persistants dans l’Est et une aggravation des violences dans plusieurs parties du pays. La Covid-19 a affecté la croissance économique alors même que la majeure partie de la population congolaise se trouvait déjà dans une situation d’extrême pauvreté.

Les problématiques structurelles demeurent, comme l’accès limité des populations à des services de base de qualité, l’insuffisance de politiques publiques de développement et de protection sociale à l’attention des plus vulnérables et de profondes inégalités de genre, à en croire le rapport rendu public le 5 janvier 2021 par Ocha sous le titre « Aperçu des besoins humanitaires 2021 (décembre 2020) ».

A noter que la RDC abrite l’une des plus grandes populations de personnes déplacées au monde et la plus nombreuse sur le continent africain, soit 5,2 millions de personnes déplacées internes, quelque 1,4 million de personnes retournées ainsi que la plus nombreuse sur le continent africain, soit 527.000 personnes réfugiées et demandeurs d’asile des pays voisins.

Les déplacements internes ont principalement été causés par des attaques ou affrontements armés et des conflits fonciers et interco-mmunautaires (soit 98 % des causes de déplacement).

Dans une projection pour la période du mois de janvier 2020 à juin 2021, les humanitaires estiment à19,6 millions de personnes qui seront situation d’insécurité aiguë. Cette projection renseigne également que 29% de populations seraient en situation d’insécurité alimentaire élevée (Phase 3 et 4 de l’IPC) dont plus de 4,8 millions en situation d’urgence (phase 4 de l’IPC).

Pour rappel, IPC est le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Il est un ensemble d’outils d’analyse et de processus permettant d’analyser et de classifier la sévérité de l’insécurité alimentaire suivant des normes scientifiques internationales. Un manuel technique publié régulièrement par le Fonds de Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

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