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Que restera-t-il de l’initiative privée si l’Etat congolais continue à étouffer des nationaux qui s’investissent dans l’agro-industrie pour réduire le déficit alimentaire en République Démocratique du Congo ? Que retenir de tous les efforts menés par l’Anapi (Agence nationale pour la promotion des investissements) dans l’assainissement du climat des affaires si les nationaux doivent être tout le temps malmener au profit des expatriés (Occidentaux et Asiatiques) qui veulent prendre en otage toute la chaîne alimentaire de la RDC ? Le martyr imposé à la société EGAL (Entreprise générale d’alimentation et de logistique) est d’une rationalité sans pareille ? Comme EGAL, d’autres entrepreneurs nationaux sont victimes d’harcèlement de tous genres, réduisant leur marge de progression. Dans la promotion de l’entreprenariat local, l’Etat congolais souffle le chaud et le froid.

Alors que la République Démocratique du Congo vient de se souvenir de ses deux héros nationaux, Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, le peuple congolais est encore loin de se réaliser le rêve des pères de son indépendance. Si la RDC a acquis le 30 juin 1960 son indépendance politique, le pays continue toujours à courir derrière son indépendance économique. soixante ans après, des pans entiers de l’économie congolaise sont tenus par des expatriés. Ils sont rares cette race de Congolais qui prospèrent dans les affaites.

Avec la zaïrianisation des années 1970, le président Mobutu (aujourd’hui décédé) a tenté de susciter cette nouvelle classe moyenne de Congolais, mais l’initiative a fait flop, parce qu’elle était à la fois mal conçue et mal appliquée.

Aujourd’hui, la RDC n’a plus le contrôle de son économie. Du commerce général jusqu’au très stratégique secteur bancaire, pilier de la politique monétaire de la Banque centrale du Congo, ce sont curieusement des étrangers qui dictent leur loi. Et lorsque certains nationaux s’investissent dans le domaine de l’agro-alimentaire, l’Etat congolais les étouffe et les abandonne à leur triste sort sans soutien ni subvention. C’est le martyr que vit aujourd’hui la société EGAL qui a choisi un créneau, la filière alimentaire, sous l’emprise des entreprises à capitaux étrangers.

Loin de soutenir cette initiative, l’Etat congolais a pris la curieuse décision de l’asphyxier, obligeant EGAL à entreprendre un plan de désinvestissement.

Orgaman, Congo Futur, Régal règnent en maître dans ce secteur, exerçant une forte pression sur la société EGAL pour la condamner à la disparition. Ce sont finalement des négriers économiques qui vendent aux populations des produits de mauvaise qualité à un prix hors concurrence. Dans le secteur, les Congolais se sentent abandonnés.

En réalité, se dit-on dans les milieux congolais des affaires, les Occidentaux, particulièrement les Belges, veulent retourner au pays et contrôler l’agro-alimentaire comme autrefois, ne pouvant pas commercialiser dans l’espace européen les mêmes produits jugés impropres à la consommation et nocifs à la santé, suivant les normes de l’Union européenne. Ce qu’une entreprise telle qu’Orgaman vendait en RDC, gagnant des millions de dollars américains, ne peut être vendu en Belgique aux Belges ou aux Européens. L’Occident est en train de chercher d’autres débouchés, des marchés apparemment non régulés pour assurer la continuité du business de ses opérateurs économiques.

Décidément, la RDC est une bonne cible, pour autant qu’entre un expatrié et un national, l’Etat congolais préfère faire les yeux doux aux expatriés. C’est regrettable !

Que reste-t-il encore de l’assainissement du climat des affaires ? Faut-il encore faire confiance à l’Etat congolais lorsque les lois du pays ne sont favorables qu’aux entreprises à capitaux étrangers plutôt qu’aux sociétés véritablement congolaises.

Le martyr imposé à EGAL doit interpeller au plus haut niveau l’Etat congolais. Il faut changer des paradigmes et inverser cette tendance. Ailleurs, les gouvernements appuient leurs entreprises nationales par divers mécanismes d’incitation. Curieusement, en RDC, c’est l’Etat qui se spécialise dans le nivellement vers le bas en décourageant l’initiative privée.

Changer de paradigme

Il faut sauver EGAL. Il n’y a pas de honte pour l’Etat congolais de se repentir de ses erreurs. Condamner EGAL à une disparition lente, c’est envoyer un message démobilisateur à cette race d’entrepreneurs congolais qui croient encore en leur pays pour s’approprier le destin de l’économie nationale. Il est temps de traduire dans les faits ce rêve de Patrice-Emery Lumamba qui, en son temps, avait rappelé que le moment était venu pour le Congolais d’écrire leur propre histoire. Et ce n’est pas avec des capitaux étrangers que la RDC va reconquérir son indépendance économique.

Il est temps pour l’Etat congolais réellement pour l’émergence d’une classe moyenne d’entrepreneurs congolais. Il n’est pas trop tard pour mieux faire.

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