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C’est en procédure de fragrance que le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Céni (Commission électorale nationale indépendante), a été déféré devant les juges depuis la prison de Kasapa (Lubumbashi), son lieu de détention. Interpellé lundi pour des propos jugés séparatistes tenus lors de la messe qu’il a célébrée dimanche à Lubumbashi, Ngoy Mulunda doit finalement répondre de ses actes devant la Justice. Un tournant décisif pour ce pasteur qui a dit avouer une loyauté absolue au président de la République honoraire, Joseph Kabila. A Kinshasa, le Caucus des députés du Grand Katanga lui a apporté tout son soutien, exigeant sa « libération immédiate ».

Lorsqu’il prêchait avec volupté, samedi dernier à Lubumbashi, à la messe dédiée au feu le président Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Céni, ne pouvait pas s’imaginer qu’il tomberait 24 heures plus tard dans les filets des services de sécurité. Pourtant, c’est ce qui s’est passé, alors que Joseph Kabila, son protecteur, se trouvait dans la ville de Lubumbashi.

Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, proche assumé du président honoraire Joseph Kabila, à qui il dit avouer une loyauté sans faille, a été fermement interpellé lundi par les services de renseignements civils de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga.

Sa prédication du samedi 16 janvier 2021 a été considérée comme contenant des infractions punissables par la loi congolaise. En effet, l’homme de Dieu a profité de cette tribune pour dire que le Katanga est prêt à quitter la République Démocratique du Congo si on continue à manquer et à humilier son leader, Joseph Kabila.

Dans un langage incisif et des applaudissements nourris, il a invité au respect de l’ex-président Kabila et de son épouse Marie-Olive Lembe Kabila. Pour lui, si ces conditions ne sont pas respectées, le Katanga fera sécession. La conséquence est que les autres provinces du Congo ne pourront pas bénéficier du lait et du miel que produit le Katanga, a-t-il martelé.

Quant aux « wewa », considérés comme symbole des Kasaïens, le pasteur leur a indiqué qu’ils pouvaient mal se comporter ailleurs mais pas dans la province de Moïse Tshombe.

Pour les services de sécurité, la ligne rouge était franchie. Ces paroles ont décidé les services de sécurité et la justice de le poursuivre en procédure de flagrance.
Des couacs

Déjà lundi, le jour de son arrestation, la tension était vive à Lubumbashi. Il y a eu d’abord des altercations entre les adeptes de l’église du Pasteur Ngoy Mulunda et les forces de sécurité. Une tentative de transférer le détenu à Kinshasa la nuit a été annulé pour des raisons sécuritaires, a-t-on appris.

Mardi, il était prévu que le pasteur comparaisse devant le tribunal depuis son lieu de détention, la prison de Kasapa. Mais, la défense et l’accusé ont refusé de comparaître, arguant que l’heure était dépassée.

Selon des témoignages, le tribunal est arrivé à la prison de Kasapa vers 19 heures. Le pasteur, qui se dit hypertendu, n’a pas voulu comparaître.
Pour le parquet, il s’agit des manœuvres dînatoires tendant à éloigner l’ouverture du procès afin d’éviter la procédure de flagrance. En réaction, la défense soupçonne le tribunal d’avoir déjà un jugement en poche. Elle redoute un procès expéditif.

Sur place à Kinshasa, l’arrestation de Ngoy Mulunda a suscité de vives réactions. Le Caucus des députés nationaux du Grand Katanga a exigé sa libération immédiate.

Pour sa part, dans son compte twitter, le ministre des Droits humains a fait savoir que «rien ne justifie le recours aux voies de faits par certains agents de l’ANR/Haut-Katanga à l’occasion de l’interpellation de pasteur Ngoy Mulunda. Peu importe ce qu’on lui reproche. De telles pratiques sont aux antipodes de l’Etat de droit ».

Qu’importe ! C’est aujourd’hui mercredi que s’ouvre à la prison de Kasapa le procès Ngoy Mulunda. Avant que la sécession du Grand Katanga ne se mette en marche, Ngoy Mulunda devra d’abord se battre pour se soustraire des griffes de la Justice.

Hugo Tamusa