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La République Démocratique du Cogo compte vingt-six provinces depuis le découpage territorial obtenu en 2015. On ne vous apprend rien, direz-vous. Tant la réforme, longtemps différée, figure noir sur blanc dans la Constitution du 18 février 2006. Ce qui n’y figure pas en revanche, c’est cette version sortie de nulle part, qui consiste à regrouper les nouvelles provinces sous une dénomination qui interroge, à la fin, sur la pertinence et la nécessité mêmes du démembrement pourtant réclamé naguère avec force tintamarre.

Grand Equateur, Grand Katanga, Grand Kasaï, Grande Orientale (sic), Grand Bandundu, Grand Kivu … Un état defait carrément officialisé dans le communiqué daté du 19 février émanant du bureau d’âge du Sénat qui renseigne sur la répartition des candidatures au bureau définitif delachambre haute à installer à l’issue du vote prévu le 2 mars prochain.

A tout seigneur, tout honneur. Illustrons notre propos par la candidature unique de Bahati Lukwebo au perchoir du Sénat. Comptant certes parmi lesélus duSud-Kivu, le boss de l’AFDC-A n’aurait pas, en toute honnêteté, la prétention de faire l’unanimité autour de ses ambitions dévorantes parmi ses compatriotes du « Grand Kivu » réunis. Doté d’un extraordinaire entregent qui l’a amené parmi les tout premiers à répondre présent ! Et à se mettre au garde à vous à l’appel de l’Union sacrée du général Félix, Bahati est prêt à opposer aux flèches de ses immanquables détracteurs l’armure blindée de la « vision du chef de l’Etat », quitte à prendre certains libertés avec la loi fondamentale.

A l’image et la mode des «Autorités morales», dont on chercherait vainement une trace dans la loi régissant lespartis politiques, ou la floraison récente des « Bureaux d’âge» dotés depleins pouvoirs au sein des assemblées délibérantes, le retour masqué aux six provinces du Congo indépendant n’émeut outre mesure l’opinion lambda, savamment distraite par une classe politique satisfaite devoir les masses pusillanimes épiloguer à longueur de journée sur le sexe des anges.

La volonté dissimulée de tordre le cou de la Constitution en vigueur n’est pas le fait du simple hasard. Par petites touches à peine perceptibles, elle est en voie d’être vidée de toute sa substance. Fruit du Dialogue politique de Sun City (2203), le texte comporte assurément des incongruités qu’il importe de requalifier dans une démarche consensuelle. Mais soutenir que son péché reste qu’elle avait étépromulguée par Joseph Kabila dont la signature, tel un pied de nez, trône au bas du document, est une vue desplus simplistes.

La Constitution de 2006 provoque peut être del’urticaire dans certains cercles politiques, mais ce n’est pasune raison suffisante pour développer despostures à lalimite de la légalité qu’elle incarne jusqu’à nouvel ordre. Susciter ex nihilo et avec désinvolture des structures du genre Grand Equateur, Grand Kasaï … donne du grain à moudre aux pourfendeurs du régime qui lui prêtent non sans raison la velléité de se pérenniser au pouvoir par l’entremise d’une nouvelle constitution dont l’ossature s’ébauche déjà.

MWIM MURUB FEL